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Un immense besoin d’incompétence
Categories : Artistes Brokatof, Interview | Auteur : boutroskatof

A l’occasion de la sortie digitale, le 10 mai prochain, du nouvel album de Duval Mc, le sulfureux « Etat Second », Brokatof publie, en français, une interview sortie initialement en espagnol pour le journal Desinformemonos en mai 2011.

Duval Mc a grandi entouré de torchères, de pollution et de chômage au pied de la seconde zone la plus industrielle d’Europe, le port autonome de Marseille, et ses milliers de containers empilés les uns sur les autres.
Il fait du rap sans concessions, dans le plus vif du sujet. Il parle de comment notre mode de vie nous détruit, comment des choix sont fait pour enrichir certains au détriment de notre environnement, de notre santé, de notre vie sociale et collective. Son chant et sa musique n’en restent pas moins vecteurs de bonne humeur et d’énergie positive.

Avoir rendu ta musique gratuite l’an dernier, une façon d’accéder a la principale revendication de la piraterie, l’accès a la culture pour tous ?
Oui tout à fait, la culture n’a plus à être une marchandise, ni une industrie, les bonnes idées n’ont pas d’auteur et le monde actuel  a grave besoin de bonnes idées sans copyright. Maintenant je pense que les licences libre ont beaucoup de boulot avant de se faire respecter et je pense qu’ à partir du moment ou la société fonctionne avec de l’argent et des interdépendances monétaires, l’artiste ou la personne qui passe son temps à mettre en scène les idées de tout le monde (car les idées appartiennent à tout le monde) pour les rendre plus partageables, a droit à son bol de couscous.

Quel sens donnes tu au titre de cet album « état second » ?
Un sens pas unique justement, un sens duel, c’est la duplicité des causes et des niveaux de conscience, c’est l’Etat français que je souhaite remettre en cause car il est actuellement le sponsor des banques et l’agent principal de la « privatisation des profits, nationalisation des pertes ». Mais l’état second c’est aussi la transe, la recherche intérieure, la spiritualité, la fête et le silence, la drogue ou la sobriété volontaire et apprécié.

Un budget RSA ?
Depuis que je fais de la musique je crois pas avoir encore été aussi pauvre que maintenant mais ça m’empêche pas de continuer, je veux aller au bout de ce que j’ai commencé. Effectivement y’a très très peu de budget, mais on a beaucoup de soutiens et de gens qui nous aident à faire ça, en même temps c’est un projet solo parce que je suis un artiste en solo, mais ce serai pas possible de le faire vraiment tout seul, y’a des gens qui me soutiennent et depuis longtemps, d’autres qui commencent et, sur ce coup là, c’est très précieux et c’est peut être grâce a ça que ça va pouvoir continuer.

Tu as aussi une façon particulière d’aborder la promo de cet album.
Quant tu fais de la musique si personne n’a l’occasion de l’entendre, elle n’existe pas. Donc ça fais parti du truc ; tu fais une musique t’as un truc a dire. C’est la que le boulot commence. Il faut le défendre, s’arranger pour que ce soit diffusé, que ça tombe dans l’oreille des gens, c’est le gros boulot, arriver a faire écouter sa musique. C’est pas tout parce que forcement si tu fais un truc à l’arrache ça va tomber à l’eau rapidement, alors que si tu bourrines dans les textes vraiment, que tu vas toujours plus loin pour dire ce que tu as envie de dire, y’a pas de secret, ça s’entend, ça se reconnait et les gens sont attentifs, ça les intéresse. Si t’as mis du boulot ils s’en rendent compte. La musique, pareil, la composition, et tout… Faut se mettre le feu et se faire des grosses sessions.

Pour la promo on apprend, on essaye des choses. Je prend une voie un petit peu originale et propre a l’époque, même si je n’invente rien. On est dans une période ou les artistes doivent inventer une nouvelle manière de faire leur métier, ils peuvent travailler autrement que ce qui se faisait avant avec le schéma classique de l’éditeur et du distributeur. Je pense qu’y a un espace. La musique peut être gratuite et c’est pas la déshonorer que de l’offrir. Je sais que je serai jamais riche, je souhaite pas le devenir, et pour moi un artiste n’a pas plus de légitimité a être millionnaire qu’un actionnaire… Je suis pour un salaire « plafond » alors ça vaut pour tout le monde. Dans la vie si tu touches une certaine somme d’argent, ça va, t’as pas besoin de plus.

Cette année on se sent légitimes à faire appel aux gens. Quand je dis « on » c’est parce que on en parle avec des gens, je suis pas tout seul a penser ça. On essaye des nouveaux trucs et on se sent d’autant plus légitimes a demander de l’aide que la musique est gratuite. Donc y’a pas d’embrouille derrière une monétisation. Le problème dans la musique c’est que les gens qui travaillent pas dans la musique ne voient que les strass, la télé, la thune, et ne se rendent pas compte que même un artiste qui cartonne ne gagne pas forcément beaucoup d’argent au final. La musique est précaire , très rares sont ceux qui peuvent prétendre vivre de leur musique. Quand on donne sa musique on ne peut pas expliquer aux gens qu’on a eu des frais mais c’est comme ça. On attend que les gens jouent le jeu de participer a cet effort de diffusion.

Je suis défenseur de « fais avec ce que tu as au moment ou tu l’as », l’album à été dévoilé durant l’année 2011, y’a un quart de la population sur Facebook, ce qui m’intéresse c’est de parler aux gens là ou ils peuvent m’entendre. ça ne m’empêche pas de critiquer Facebook et d’espérer une autre plateforme open source, plus libre et qui ne transite pas par des serveurs a la Silicone Valley.

Nous avons un immense besoin d’incompétences et de sens de la désorganisation

Fan de technologies ?
Non pas vraiment, j’ai jamais été joueur parce que je savais que j’y passerai trop de temps je me suis toujours un peu méfié du monde du jeu par contre a 15 16 ans j’ai acheté d’occase un synthé, et un ordinateur en midi pour commencer la musique assisté par ordinateur. ça plantais ça ramais, ça marchais pas, j’ai bien porté ma croix, et maintenant que ça commence a tourner c’est quand même cool et puissant comme outil pour faire de la musique, et il reste plein de manière d’utiliser les ordinateurs. Je suis dans un paradoxe parce que ce qui me gêne, c’est ce que nécessite un ordi pour exister, comme matière première, comme usinage, plus que la question de l’alimentation électrique parce que ça utilise peu d’électricité comparé à un radiateur électrique par exemple. Mais si j’avais un truc a garder du monde actuel ce serait peut être l’ordinateur… j’avoue.

Les smartphones s’est une arnaque complète, un scandale, j’ai jamais vu autant de pub pour un appareil… J’aime bien naviguer sur internet, et quand t’allumes un smartphone tu retournes en 99, ça met trois heure a s’ouvrir non c’est n’importe quoi. Même si ça allais vite, ça réclame des antenne relais. Et c’est autant de trucs qui permettent aux capitalistes de continuer a monétiser. Ils vendent des applications qui ne sont finalement que des logiciels. Maintenant les gens savent qu’il existe des logiciels gratuits pour tout faire, alors on appel ça « application » pour avoir des trucs à vendre.

Un peu de « do it yourself » dans ta démarche ?
D.I.Y à mort et jusqu’à la mort ! une règle de vie essentielle, je suis un militant de l’auto-didactisme et du néologisme. La spécialisation des savoirs et des compétences est aussi un instrument du pouvoir. Je pense que s’il n’y avait que des autodidactes sur Terre, on aurait pas réussi à faire fonctionner la moindre centrale nucléaire et je pense que cela aurait été une excellente chose… Je pense que nous avons actuellement un énorme besoin de gens qui ne réussissent pas à faire ce qu’ils veulent faire. Nous avons un immense besoin d’incompétences et de sens de la désorganisation.

Tu qualifies l’album état second de boite a outil pour militants ?
Ça peut paraitre prétentieux mais c’est ça que j’ai envie de faire, une boite a outils dont on se sert. C’est aussi du vécu parce que certains de mes morceaux ont été écrits en réutilisant des livres que j’ai lu, des tracts, des messages bref, le travail de différentes associations en général, donc je me sers de leur travail et en retour j’en fais des morceaux. Parfois les assos sont contentes d’entendre un morceau qui leur sert dans leurs luttes. Ils essayent d’alerter les gens sur un problème avec des tracts, des mails, des textes de pétitions qui sont pas forcement toujours très fun et quand un morceau va traiter de ce dont ils traitent, ils vont spontanément avoir envie de le faire écouter à des gens parce que ça va être plus sympathique à entendre. Le message va passer d’autant mieux que c’est de la musique.

J’ai envie que les gens se servent de ces morceaux qu’ils se les approprient et qu’ils y mettent c’qu’ils imaginent aussi . C’est pour ça que j’essaye que ce soit pas trop personnel non plus.

Tu te définis comme militant, tu n’as pas peur d’être trop critiqué ou catégorisé ?
Je me définis comme militant par rapport aux non-militants. Je n’ai de cesse de dire que je ne suis pas engagé, absolument pas engagé. Prenons l’exemple d’un rappeur qui va poser dans ses clips avec des grosses cylindrées, il véhicule une certaine image et va sans doute nous donner envie d’avoir un certain mode de vie, une certaine image de la réussite, je pense que ces artistes là sont aussi engagés, c’est a dire que celui qui sors des grosses voitures dans ses clips, fait la promotion de l’industrie automobile même si il n’en a pas conscience. Son morceau va avoir comme conséquence de reproduire des schémas, une image du monde, dans la tête des gens. Et pour que ce monde existe il faudra que des gens aillent dans des usines fabriquer ces voitures, il faudra que les pays occidentaux continuent à opprimer le continent africain pour récupérer les matières premières qui servent à faire ces voitures. Il faudra qu’on annexe encore des pays pour leurs sous-sols, pour leurs richesses, pour faire rouler nos voitures. Ces artistes là sont engagés pour tout ça, même si pour la plupart ils n’ont même pas conscience de défendre ça. A partir du moment où on met en scène quelque chose, une représentation du monde, on est engage. Je ne suis pas plus engagé qu’un autre. Sinon… les non militants me considèrent comme ils veulent. D’un autre coté personne ne m’a jamais dit « tu n’es pas allé assez fort ».

Comment perçois-tu le milieux militant ?
Moi je trouve qu’il y a beaucoup d’alternatives en marche, de gens qui mettent en application leurs idées, malheureusement, on entend beaucoup l’arbre qui tombe, mais on entend jamais les arbres qui poussent. J’imagine ça pour beaucoup de gens, je pense qu’il y a des choses qui évoluent dans les consciences des gens de partout, dans tous les pays, dans tous les milieux qu’ils soient militants ou pas. Il y a beaucoup de gens qui agissent concrètement pour changer les choses. On ne parle pas d’eux mais ça n’est pas dramatique.
Après, au sein même des gens qui sont très actifs et très mobilisés et scandalisés par ce qui se passe sur Terre en ce moment y’a des sujets de discordes qui resteront insolubles. On retrouve dans le milieu militant des gens très différents qui ont des antagonismes très réels. Ils peuvent être ensemble sur certains sujets et opposés sur d’autres. Moi même j’ai des sujets qui me tiennent plus a cœur que d’autres. Je suis par exemple un peu plus sensible à la situation internationale qu’à l’échelle nationale. Et même si j’ai conscience qu’il faut défendre les services publics, ou, comme on dit en novlangue néolibérale: les « acquis sociaux » une super sécurité sociale dans un bunker avec des barbelés partout, alors qu’on pille les ressources à tort et à travers ailleurs, ça ne m’ intéresse pas.

Novlangue ?
Par exemple le terme « salarié »: avant on était « travailleur », maintenant on est « salarié » : le travailleur « fournit » un travail, le salarié, lui, « reçoit » un salaire… ils préfèrent parler de quelqu’un qui reçoit que de quelqu’un qui fournit. Il faut se demander comment ils ont réussi à nous imposer ce langage.

Le rôle des médias ?
C’est un autre bras. On a une machine qui détruit du vivant, de l’humain, à l’échelle planétaire, et un des bras de cette machine, c’est le bras médiatique. La deuxième chose pour laquelle l’être humain dépense le plus de fric au monde, c’est la pub. La première étant la guerre… ça nous en dis long sur cet instrument du pouvoir. De plus les médias se présentent comme des contre-pouvoir. Si on a le malheur d’allumer la télé, de l’écouter, alors on entend une mascarade qui veut nous faire croire que la personne qui parle ne défend pas les intérêts des marchands d’armes et des grandes puissances financières. Cette fausse neutralité est pénible a entendre. Après je pense que c’est vital d’éteindre sa télé, c’est fondamental… Regarder la télé c’est subir le pouvoir. ça rassure beaucoup de monde de se laver un petit peu le cerveau pour lâcher l’affaire mais on ne trouvera jamais un journal qui va juste dire « attention les marchands d’armes dirigent tout sur terre c’est quand même pas cool ». C’est une évidence qu’il faut travailler, il nous appartient à nous de réveiller cette évidence chez les gens. Leur dire « oh mais tu sais y’a jamais eu autant la guerre sur Terre qu’en 2011. Il y a eu 6 millions de morts au Congo depuis 1996… Il faut en parler parce que c’est pas évident pour tout le monde. Faut chercher, et trouver des moyens de faire savoir ça.

Le drame c’est que les médias travaillent d’autres évidences : qu’il faut consommer pour être heureux, que c’est l’ individualité qui compte, qu’on existe en étant plus fort que les autres à l’échelle de l’individu, à l’échelle de notre pays ou de notre club de foot.

Le morceau si t’as des couilles man semble donner un programme de remise en forme, duval mc donneur de leçons ?
C’est en même temps un programme que je donne a quelqu’un qu’est plus jeune, comme un grand frère, mais c’est aussi pour se moquer des programmes qu’on se donne. c’est pour se moquer des valeurs masculines, ou des fausses valeurs masculine, c’est en même temps se les réapproprier parce que voila « si t’as des couilles man, fais un enfant, accompagnes le dans la vie », c’est autre chose que « si t’as des couilles man vas démonter celui qui t’a regardé de travers ». C’est diffèrent. Quand je dis « mets toi un peu au parfum, mets toi au courant », je l’assume. Une fois en concert, un type bourré à mal réagi en entendant « fais pousser des plantes légales »… moi je disait ça pour déconner. Mais ouais je pense que la fête se mérite. Moi, jeune, j’ai eu des problèmes avec l’alcool. c’est quelque chose que je respecte vraiment comme quelque chose de très dangereux qui à fait beaucoup de mal à beaucoup de familles comme a la mienne. Même des gens qui ont un fort caractère peuvent se faire emboucaner par cette substance, donc je m’en méfie beaucoup, je respecte… Voila. et donc dans « Si t’as des couilles man » y’a un peu ce sous-entendu la, si tu ne profites plus de la fête, c’est que tu ne la mérites plus, elle ne t’apporte que si tu as le bon sens d’en profiter.

Tu cites Kanjar’Oc sur le morceau « envoie le bois ». C’est un groupe qui avait déjà ce discours de faire une fête positive, d’être dans la construction plutôt que dans la destruction.
Kanjar’oc c’était le groupe qui travaillait dans la musique. Je les ai vus quand j’étais minot, Chaps était pion dans mon lycée, j’ai toujours grandi avec Kanjaroc dans le coin ça faisait partie du décor Port de bouc/Martigues… Ça fait plaisir de les citer, c’est un groupe qui, en live, mettait tout le monde d’accord.

Par contre tu abordes le mot « destruction » qui m’est cher, je pense qu’il faut réhabiliter la destruction, c’est un mot qui est pas uniquement négatif, qui a un coté positif aussi. La destruction peut nous sauver suivant le contexte, quand y a tout un bordel de publicités, d’usines, de trucs… que tu n’as plus d’espace pour vivre, tu n’as plus d’espace pour parler avec les autres parce qu’il y a des bancs à la con mal foutus ou des commerces partout qui t’empêchent même d’interagir ou simplement de vivre, je pense qu’il est nécessaire de détruire des choses. Quand on parle de destruction on pense toujours au meurtre, or on peut détruire des choses sans jamais tuer quelqu’un et on peut ne jamais rien détruire et toujours construire plein de choses et en même temps tuer des gens… Un ingénieur qui va concevoir et fabriquer une usine indirectement il va nuire a la santé de plein de gens selon ce que fais son usine et pourtant il aura construit, il aura été constructif, et socialement il sera très intégré et très apprécié, très valorisé. Alors que le petit jeune qui va péter un abri bus sera pointé du doigt alors qu’il a fait quelque chose de sain et de positif pour la Huma, pour la communauté. Pour les gens qui sont réellement là, qui vivent là.  Il aura, en cassant l’abribus, enlevé une publicité qui pendant peut-être une semaine, ne sera pas réparé, et pendant une semaine les gens ne vont pas subir la vue de la grosse bouteille de whisky ou de la meuf a poil, et ça va participer un peu a leur bien être.

Ca vaut aussi pour l’addiction, la drogue et tout ça, je pense qu’il y a des gens, dans leur parcours, ils sont obligés de se détruire, c’est vital pour eux. Ils sont obligés de détruire l’univers mental dans lequel on les as mis. Particulièrement les gens qui sortent du système scolaire. Qui se défonce le plus? c’est les jeunes, les ados. Un adulte se défonce pas pareil, même si il est encore dans des trucs. C’est entre 15 et 25 ans qu’ils se mettent la tête vraiment bien comme y faut. Je pense qu’ils en ont besoin. on réglera pas le problème tant qu’il y aura ce système éducatif, si on veut qu’ils ne se défoncent plus, il faut changer complètement notre façon de vivre, fermer les écoles, les lycées, et toutes ces conneries. J’ai rien contre le principe de la transmission des savoirs, au contraire, mais je suis contre le système scolaire tel qu’il est et tel qu’il était. Je pense qu’il n’a jamais été bon et je ne crois pas qu’il puisse être bien. On peut pas imposer à des gens de passer 8 h dans la même pièce assis sur une table avec 30 personnes, ce sont des personnes, des individus, des êtres humains. même si t’as que 9 ans t’es quand même un être humain, donc t’as des sensations, des émotions qui te traversent et tu vas les vivres toutes entre quatre murs, sur une table, avec tout le temps un adulte devant… tu vis la même vie de l’âge de 3 ans jusqu’à l’âge de 16 ans. C’est atroce, je suis anti-école.

Tu critiques aussi la voiture ?
Une voiture pèse 1 tonne 5, je pense que c’est déjà un argument. On pourrai avoir une seule voiture par quartier mais c’est complètement débile d’avoir une voiture par personne, c’est énorme. on se prive de tout pour avoir ça. Je comprend qu’on puisse être content d’avoir une voiture, il m’est arrivé d’en avoir, mais tout ce qu’on a perdu a cause de la bagnole! c’est incroyable, on s’est vraiment mis dans la merde. Rien que les routes … Qu’est-ce-qui est le plus important ? Manger, se loger, ne pas avoir trop froid ni trop chaud, et la voiture nous prive de tout ça. Le plus évident pour manger c’est de jeter des graines, de nourrir la terre et qu’en retour elle nous nourrisse, faire pousser des choses faire vivre des animaux. Mais si on commence a mettre du goudron partout on se nique. C’est comme si on met du béton entre nous et notre repas. Et pour quoi ? Pour que des voitures puissent aller chercher nos repas loin d’ici. On ne devrait manger que ce qui a poussé là où on vit, c’est complètement débile d’aller cherche notre nourriture en Europe de l’est ou dans le sud de l’Espagne. Je voudrai que ce que je mange ait poussé a moins d’un kilomètre de chez moi.

La voiture occupe l’espace, prend tout, la voiture enferme nos enfants, les enfants ne peuvent pas sortir. C’est une des choses qu’on leur dis le plus souvent « Attention y’a des voitures »… Et on es tous quichés sur des tout petits trottoirs alors que y’a des gens tous seuls dans leur voiture qui passent et ça n’en finis plus. Ils oublient qu’ils sont dans une tonne 5 de ferraille, ils ne voient plus, ils sont habitués, c’est devenu normal. A un moment donné faut pas s’étonner que des gens dépriment. Ils sont obliges d’aller chercher le vert en vacances. Ils ont plus d’arbres chez eux et ils vont sur des routes dans des voitures plus loin pour aller chercher ça. Ils ne se rendent pas compte qu’ils aurait accès à ça tout l’année si y avait pas les voitures.

A un moment donné, il va falloir que les quartiers trouvent à manger, il leur faudra, soit rester dans cette dépendance avec tous ces intermédiaires, soit repenser leur territoire, leur voisinage, leurs habitats, les matériaux qui les entourent, et tout ça.

Le prochain morceau ?
« Quand j’entends le mot France ». Pour ce morceau j’ai piqué un slogan dans une manif quand Besson * est venu à Marseille. Depuis un moment dans les manifs on entend ce slogan : « notre identité n’est pas nationale ».
Les cartes d’identité ont joué un rôle néfaste dans l’histoire. Dans celle du Rwanda par exemple. Je pense qu’elle devraient être interdite. Si elle conditionne un accès aux droits, c’est la preuve physique et tangible que ces droits n’ont rien d’universels. La carte d’identité me rappelle l’étoile jaune, le marquage du bétail… sans parler de la récente modification légale qui me semble caractériser la situation: on a plus le droit de sourire sur les photos d’identités!
Peut-être est-ce pour les avoir toute, mais je n’ai pas d’identité… ma fille est né dans une région ou je ne suis pas né, je suis né dans une région ou n’est pas né mon père, son père n’est pas né là où mon père est né… ceci explique peut-être que je ne me sens pas de racines particulière et que j’aime me sentir kabyle dans mon quartier, occitan à Paris, congolais en interview… De plus si j’avais une identité elle serait justement antinationale, car la France m’évoque beaucoup trop de massacres coloniaux, de pillages pluri-séculaires, de viols… C’est comme si on me demandait de me sentir Nazi en m’évoquant les qualités que pourrait avoir ce régime. J’insiste, l’entité « France », comme « Etat-Nation », comme armée agressive et agissant pour la militarisation et l’industrialisation du monde, a commis des horreur dans la géopolitique et l’histoire mondiale. Sommes-nous seulement entrain de commencer à en prendre conscience?

« On parle une langue qui change chaque jour ? »
Il n’y a pas d’erreur de langage, il n’y a que des inventions, sans ces arrangements spontanés on ne pourrait plus se comprendre, le coeur de la blogosphère bat au rythme des néologismes et des anglicismes, le langage de la rue produit sans cesse de nouvelle expressions pour s’inventer l’espace dont il à été privé. A Marseille on parle tous un peu arabe, on tape dans les mots, on les plie, on les force jusqu’à ce qu’on en trouve un autre pour dire ce qui nous meut.


Propos recueillis par Goche Malerue.
Voir l’interview en espagnol.

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