BROKATOF
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7 questions à Imhotep
Categories : Coups de Coeur, Interview | Auteur : boutroskatof


Il est le compositeur de l’hymne de toute une génération, le morceau « Parisien du Nord » de Cheb Mami et K-Mel, il a composé pour LKJ, Mangoo, Magyd Cherfi, Idir, il est aussi bien sûr le pilier musical d’IAM et va sortir un nouvel album solo « Kheper », qu’on attend depuis le stratosphérique « Blue Print » sortie il y a… 14 ans ! A Brokatof on s’est dit qu’il fallait forcément choisir un chiffre symbolique pour interroger un IAM, nous lui avons donc posé 7 questions :

 

 

1- Commençons par un peu de langage, si je dis « Beatmaker » beaucoup de gens comprennent mais c’est de l’anglais, si je dis « Compositeur de musique électronique » je risque la tendinite de la mâchoire avant la fin de la phrase et si je dis « Producteur » on risque de confondre avec celui qui fume un gros cigare devant le studio… pour toi quel serait le terme qui te semblerait le mieux pour qualifier ce métier et pourquoi on a pas un mot qui va bien en français pour ça ?

En tant qu’Imhotep, je me suis attribué le titre d’architecte musical, mais ça m’est un peu spécifique… Effectivement, « beatmaker » est le plus compréhensible et on a rien d’équivalent en français… Allons-y pour les néologismes : Instrusan ( artisan d’instrumental ), Compositron, rythmeur, maître-sampleur ( et sans reproche … ), bon j’arrête là…

2- Par quelles étapes es-tu passé pour aboutir à ce nouvel album ?

En fait, en parallèle de mon travail dans le Hip-hop, je collecte des sons que je mets de côté et que je fignole à mes heures perdues . Depuis un an et demi, j’ai repris tout ça en détail pour finaliser, et j’ai tout enregistré et mixé à la maison .

3- Quelle est pour toi la différence entre faire une prod pour des rappeurs et une musique qui va rester « instrumentale » (sans parole).

Quand je compose pour du rap, l’essentiel est d’installer  » une tourne  » ( rythme ) et un  » climat  » ( timbres , mélodies ), l’enjeu étant de laisser de la place pour les voix. Pour la musique instrumentale c’est le même point de départ, mais après l’enjeu est d’éviter la monotonie, les redites : Il s’agit alors de faire vivre et évoluer le morceau …

4- Tu as fait un retour remarqué sur scène avec IAM (que tu avais délaissé un temps pour les tournées) et tu élabore actuellement un live pour « Kheper ». Comment se passe cette préparation?

J’ai enfin trouvé un outil qui me permet de jouer et mixer en multipiste en direct ( Ableton Live + APC 40 ). Je bénéficie de la même souplesse et liberté qu’un DJ ( vitesse, cut, start-stop ) et en plus j’ai des outils de mix en direct : Effets, dub multi-pistes, etc… Bref je me régale, par contre c’est super long de préparer les séquences avant de commencer à s’amuser…

5- A l’heure où des Monsanto vont se justifier de breveter les semences en parlant de « propriété intellectuelle » et en faisant référence aux compositeurs de musiques (véridique), que penses tu de ce concept ?

Imposture ! Des dictateurs de la semence, des terroristes de l’agriculture qui essaient de se faire passer pour des créateurs et des artistes, quelle honte ! Et d’une, ces ignobles individus ne créent rien à part des monstres stériles, et de deux ils détruisent irrémédiablement un équilibre et une transmission génétique naturelle qu’on ne pourra jamais retrouver (sans parler de la destruction des abeilles par le Round-up !)!!! Modifions génétiquement ces apprentis-sorciers pour qu’ils ne puissent pas se reproduire !!!

6- On te sais sensible à ce que vivent les « sans-papiers » en France, ainsi qu’aux conséquences des dictatures franco-africaine sur ce continent, berceau de toutes les musiques actuelles, qu’est l’Afrique. La musique peut-elle « décoloniser les esprits » ?

Je l’espère, même si je crains que ce ne soit qu’une goutte d’amour dans un océan de haine et de cupidité… Restons optimistes : Je crée de la musique sans frontière où se côtoient des échantillons de musique africaine , asiatique , afro-américaine… Et c’est passionnant de constater que toutes ces musiques se marient à merveille (et ce ne sont pas des mariages blancs !) Les seuls samples que je reconduis à la frontière de mon studio sont les chants nazis ! Quand à la problématique de la décolonisation, la grande question est : A-t-elle commencé ? En tant que fervent lecteur de Fanon, j’ai compris que les ressorts du racisme et du colonialisme sont d’ordre psychiatrique et le problème, c’est que les vrais malades sont aux commandes !

7- Quel est ton sentiment sur l’évolution des métiers de la musique ?

Quelle évolution ? Mis à part que les producteurs ont shunté les fabricants et les distributeurs de supports physiques (peuchère, ils se sont bien sucrés pendant quelques décennies !) Les artistes sont toujours les dindons de la farce : On met à la disposition du public des outils qui permettent de voler la musique sans risque, Youtube et Dailymotion passent nos clips à longueur d’années sans reverser un cent et en se gavant de pub, mon producteur offre ma musique gratuitement pour vendre des abonnements internet ou mobile, et si je pirate un film que je ne peux pas voir au cinéma, Hadopi me grille mon adresse IP !!! Non , pour moi ce n’est pas une évolution, c’est une dégénérescence ! Le seul bon côté c’est le retour en force du live et l’immortalité du vinyle !

Merci pour cet entretien.

Retrouvez l’ actualité (et d’excellents sons inédits) sur le site officiel d’Imhotep.

Pour la page facebook, méfiez vous des usurpateurs d’identité, et rendez-vous sur la vrai page fan du Maëstro.

1 Comment to “7 questions à Imhotep”

  1. meduz' dit :

    Petite entrevue sympathique. Merci !

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