BROKATOF
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Le Statut de l’Artiste
Categories : Reflexion | Auteur : boutroskatof

Un des chantiers du collectif Brokatof est de réfléchir sur les pratiques professionnelles du secteur artistique. Bien que le collectif ne soit pas réservé aux artistes, il est, de fait, majoritairement constitué de ce sympatique genre d’individus et je souhaite parler ici de ce secteur économique en pleine révolution (numérique?).

Il y a quelques temps nous abordions la thématique suivante: sommes nous potentiellement tous artistes? Mais ce qui caractérise davantage les difficultés inhérentes aux métiers de la création, avant même de parler de statut de l’artiste ou de légitimité à se saisir d’un micro ou d’une caméra, c’est l’extrême complexité de l’aventure, dès lors que l’on cherche un tant soit peu à inscrire son activité dans un semblant de légalité.

Parler de complexité est même un doux euphémisme, là où la gestion administrative des projets, qu’ils soient cinématographiques, musicaux, du spectacle vivant ou autres, nécessite:

      l’emploi de personne à temps complet

 

      des démarches « à tiroir »

 

      des demandes perpétuelles de conseils

 

      l’obtention de licences

 

      des séminaires professionnels

 

      des journées de formation

 

      des taxes sur la valeur ajoutée

 

      des perceptions à déduire

 

      des cotisations à notifier

 

      des mises en abîmes législatives

 

    des spécificités sans fin…

Dès lors que l’on souhaite vendre (sans même parler d’en vivre) quelque chose que nous avons puisé de notre temps de travail et de nos imaginaires commence alors un parcours du combattant sans fin pour aller chercher une légalité en complet décalage avec nos pratiques professionnelles. Car si nul n’est censé ignorer la loi celle-çi ne viendra jamais vous prendre par la main et vous montrer la voie fleurie et balisée de la conformité citoyenne. Il vous faudra plutôt compulser des brochures explicatives, naviguer sur de nombreux sites, interroger des centaines de professionnels et bien d’autres efforts pluri-annuels pour être à peu près sûr que votre pratique n’enfreint aucun code.

Je ne remet pas en cause ici la nécessité du droit du travail, la protection des salariés, les règles de sécurité dans les lieux publics, on ne peut évidement pas faire tout et n’importe quoi, mais on ne peut pas demander à un artiste de maitriser des choses que seul un avocat spécialisé pourrait éventuellement valider comme étant fiable et sûre sur le plan légal. Du moins, on ne peut pas conditionner la pratique d’un métier à des années d’efforts engagés pour l’apprentissage de conventions écartelées entre une inefficiente et archaïque défense de la profession et des mécanismes de perceptions fiscales (à mettre en œuvre nous même) aussi multiples que mesquins.

Autrement dit, nous sommes d’accord pour payer des impôts (je ne parlerai pas ici de l’usage qui en est fait), nous sommes heureux de collectiviser des fonds, de financer des caisses de solidarités, d’alimenter des services publics… mais tout est définitivement, insensément, incommensurablement trop…compliqué.

Certes on pourrait penser qu’il s’agit là d’une discrimination administrative nécessaire à l’ « écrémage » de professions sur-représentées mais tous ceux qui ont pris le parti de « jouer le jeu » savent à quel point les ennuis résolus enfantent irrémédiablement de nouveaux tracas. Combien d’artistes, par amour et passion sont allés aux devant de leurs radiations du régime chomage en essayant de comprendre? Combien sont même allés jusqu’à rédiger des dossiers de demandes de subventions, monter des associations, demander des licences d’entrepreneur, régler des patentes, créer des entreprises d’édition phonographique, ouvrir des « lieux » alors qu’ils pensaient avoir fait un meilleur choix de vie en inventant de belles histoires pour les autres plutôt qu’en allant à l’usine?
Et que fait on des gens qui tournent de l’oeil à la simple vision d’un formulaire, ne méritent-t-ils que le mépris des autres, ceux qui savent évoluer dans les arcanes des réglementations?, n’ont ils rien à apporter au pot commun de la connaissance et de l’existence humaine? Pourquoi faut-il pour « jouer », se plier à cet autre jeu kafkaïen? Le propre de l’artiste n’est-il pas d’inventer ses propres règles, de donner envie aux autres de les suivre ou de montrer la vanité des règles existantes?

Si des gens travaillent actuellement à concevoir un statut pour l’artiste de demain, par pitié, qu’ils ne partent sur rien d’existant, qu’ils ne tentent de rafistoler aucune convention, aucun « acquis » car cela ne ferait qu’empirer la situation. C’est un mode global à repenser. On ne défend pas un artiste en lui « expliquant mieux ses droits » car fondamentalement, ses droits, ses devoirs, ses obligations, ses avantages au prorata de ses déductions exonérées, l’artiste… il s’en fout. Il veut, comme tout le monde, pouvoir manger à sa faim, sous un toit décent et vivre ce qu’il a à vivre avec son public, avec ou sans succès mais sur des rétributions qui ne seront jamais quantifiables. Il ne fait d’ailleurs pas forcément que ça… De même qu’un plombier peut avoir envie de faire un peu de maçonnerie ou d’animation, un artiste peut (et bien souvent, y est obligé) faire d’autres métiers. Cela peut paraître évident, cela ne l’est pas pour l’administration qui a bien du mal à comprendre la diversité des activités humaines.

1 Comment to “Le Statut de l’Artiste”

  1. broka-j dit :

    En effet, les statuts définissant les « artistes créateurs » sont entièrement à réformer.
    Ils ont 50 ans de retard !

    Aujourd’hui un compositeur ne fait pas seulement qu’écrire des notes sur une portée.

    Non, aujourd’hui, un compositeur est dans 80% des cas aussi un arrangeur, un réalisateur, un producteur, un copiste, un musicien de studio, un interprète, un ingénieur du son, un tourneur, un manageur, un distributeur etc…

    Rien que dans cet exemple, il faudrait à la fois passer par la SACEM, l’AGESSA, le Statut d’intermittent du spectacle, la Spedidam ou l’Adami, la SCPA, une SARL…

    Que de paperasse pour une musique !
    Bref, il y a de quoi baisser les bras, renoncer à une partie de nos droits ou de ne rien déclarer finalement…

    Sans compter toutes les frontières qui délimite « l’Artistique » du « Technique ».

    Ainsi pour l’AGESSA par exemple, un photographe est un Artiste créateur, mais pas si il fait de la photographie de plateau ou là il est un intermittent du spectacle.

    Un Sound Designer, qui créer a partir de sons enregistrés des ambiances sonore et musicale, n’est pas un artiste créateur, c’est simplement un technicien.
    Parce que pour eux, le Sound Designer pose un micro, enregistre des sons et ne fait que les monter.
    Si nous faisons un parallèle avec la photographie, on pose un appareil, on capture un instant et on le développe.

    On pourrait donc dire que le Sound designer serait au son ce que le photographe est à l’image, sauf pour l’AGESSA.

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