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Les Parotubes
Categories : Reflexion | Auteur : boutroskatof

Dans la famille des « tubes » qui impriment durablement la culture populaire, il existe une catégorie importante de morceaux dont l’objectif de départ était justement de se moquer de la production musicale de l’époque dont ils sont issus, ce sont les parotubes.

Fait notable, ces « parodies » devenues « tubes » dépassent bien souvent l’original en terme de recettes commerciales et d’appropriation par le public.

C’est ce qui nous intéresse ici ; pourquoi la « copie » surpasse parfois l’original ? Quelles conditions sont réunies pour que ces productions atteignent de telles notoriétés ?
Un premier exemple significatif est le morceau « Confidences pour confidences ». En 1978 Jean Shultès est un musicien de studio désespéré par la pauvreté des textes de variété de l’époque, il s’amuse à en grossir sévèrement le trait en utilisant les thématiques omniprésentes de l’époque et en les caricaturant. Malgré le complet anonymat de son auteur, le morceau emprunte les circuits classiques de la production musicale de l’époque et devient un carton dont la fraîcheur et l’originalité restent encore perceptibles aujourd’hui pour ceux qui apprécient le son pré-eighties.


Si la variété s’est faite copieusement moquée, les autres styles ont tous été singés au fur et à mesure qu’ils prenaient de la place dans l’univers médiatique. En 1989, le rap, musique issue des ghettos américain, prend son essor et du poid dans le « Top 50 », le public et les ventes s’emballent sur Bouge de là de MC Solaar ou encore «  Peuples du Monde de Tonton David. A ce moment, un trio d’humoriste (qui avait l’avantage notable d’être diffusé en prime-time à la télévision) caricature avec succès un style naissant : C’est ton destin des « Inconnus », devient un « hymne de récré ». Ces « Inconnus », pourtant au faîte de leur célébrité cathodique, reprendront la formule avec encore plus de succès dans « Auteuil, Neully, Passy » où la bourgeoisie parisienne est bien campée.

 

Le public aime qu’on joue avec les codes établis, qu’on détourne et qu’on inverse les approches, le style « Parotube » se paye déjà la part du lion se parant de l’innocence du désintéressement et du second degrés : près de 428 000 disques vendus pour leur rap BCBG…

Qui peut oublier l’efficacité d’un « Bô le lavabo » (Notez l’orthographe « SMS » du titre bien avant l’arrivée des téléphones portables…) d’un animateur télé, malin et opportuniste, qui joue de la jubilation « pipi-caca » sur une rythme entraînant. Se servir du pouvoir que procure la musique pour soutenir un message on ne peut plus inoffensif (jusqu’à présent aucun bidet n’a mis en procès Lagaff pour diffamation) vaut son pesant d’universalité.

Car un vrai « Parotube » n’est jamais complètement dans la moquerie et n’atteint pas le succès sans rendre hommage d’une certaine manière au style qu’il détourne.
Il serait intéressant d’observer aussi la part légèrement « parodique » que contiennent les « vrais » tubes, (ceux que l’on a pas fait pour rigoler) qui parfois donnent à la société un reflet relevant d’une certaine forme de « caricature ». On pourrait dire que quand le trait est intensément grossi, il devient perceptible par le plus grand nombre, comme dans le tube de Diam’s « DJ » où le refrain est constitué presque exclusivement de mots d’argots sur-employés par la jeunesse « Laisse-moi kiffer la vibes avec mon mec » « J’suis juste pas d’humeur à ce qu’on me saoule »…
 
Les aller-retours entre expressions populaires et « tubes » ne sont pas réservés aux parotubes. Ils font bel et bien partie intégrante de l’alchimie nécessaire aux succès indiscutables : comme lorsque Soprano chante « A la bien » alors que la jeunesse marseillaise le disait à la fin de presque toutes les phrases ; comme le « Laisse béton » de Renaud il y a plus longtemps ou même le « C’est extra » de Léo Ferré…
Dans tout les cas, c’est toujours la fonction « reflet de miroir » que le public recherche dans un tube, que le reflet soit grossissant à l’extrême ou vise l’exactitude et le réalisme.

Enfin on ne peut évoquer l’histoire des parotubes sans mentionner l’œuvre de Michaël Youn qui brigue le record de parotube en collectionnant les cartons 100% parodie avec brio. Si le style existe, nous avons ici quelqu’un qui s’en est fait une spécialité…

 

Il y a plusieurs question intéressantes que l’on peut dégager du phénomène: « Pourquoi les parotubes marchent aussi bien? », « Les parotubes ont-ils une fonction sociale?, les parotubes apportent-ils aux mouvement musicaux dont ils soulignent les travers?

On pourrait tout-à-fait se demander également ce qu’il en est de l’avenir des parotubes, dans une offre musicale aussi éclatée et indépendante que celle de l’ère de l’internet. Les parotubes peuvent-ils exister sans le support d’une télévision ou d’une grosse radio? Ne sont ils pas les « bouffons du roi » dont la necessité n’apparaït plus flagrante alors que le « roi » n’est plus aussi identifiable? Mais de Kamini au rap de l’Aveyron, les exemples sont nombreux des chansons où une énorme adhésion du public rencontre les parodies lorsqu’elle sont sincères, bien écrites et qu’elles parlent d’un monde sous-représenté dans l’univers médiatique.

Nous vous laissons ici compléter ce petit catalogage informel des parodies devenues « tubes », cette petite réflexion ne tendait pas à être ni exhaustive, ni encyclopédique et votre analyse du phénomène nous intéresse.

 

 

 

 

 

1 Comment to “Les Parotubes”

  1. Jérôme dit :

    Très bon sujet.

    On pourrais y ajouter « je danse le mia » d’IAM qui avait un but humoristique et qui permis un meilleure médiatisation du groupe avec ce succès.
    On peut également ajouter « la Simca 1000 » des chevaliers du Fiel et « le feu ça brûlé » de Charly et lulu, deux chansons devenues des tubes mais qui étaient à la base des sketch.
    Et surtout ajouter l’actuel « gagnam style » qui a explosé les compteurs de YouTube (plus d’un milliards de vues) et qui a la base est une parodie musicale.

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